État des lieux 2025 de la qualité de l'eau du bassin Loire-Bretagne : un état globalement stable mais qui nécessite de poursuivre les efforts engagés pour protéger les ressources
Tous les six ans, la France réalise un état des lieux de la qualité des eaux pour chacun de ses bassins hydrographiques, conformément à la directive-cadre européenne sur l’eau (DCE) adoptée en 2000. Cet exercice réglementaire, piloté par les agences de l’eau pour le compte du comité de bassin avec l’appui des services de l’État et de ses partenaires techniques, permet d’évaluer l’état écologique, chimique et quantitatif des eaux. L’état des lieux du bassin Loire-Bretagne a été mené en mobilisant l’ensemble des données disponibles, et en s’appuyant sur les expertises techniques locales.
Ce diagnostic présente l’évaluation chiffrée de l’état des masses d’eau superficielle et souterraine et leur comparaison avec 2019. Cette caractérisation permet d’identifier les efforts à poursuivre vers le « bon état » dans le cadre du prochain Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) et ainsi guider les différentes politiques publiques à mettre en œuvre pour y parvenir.
Le bassin Loire-Bretagne couvre 28 % du territoire français, il se caractérise par un fleuve majeur, la Loire, et 135 000 km de cours d'eau. On y trouve également d'importantes nappes souterraines. Les zones humides sont nombreuses et représentent 4,3 % du territoire. La façade littorale de 2 600 km s'étend de La Rochelle au Mont-Saint-Michel, elle représente 40 % du littoral hexagonal. Le bassin comprend 2 203 masses d’eau (cours d’eau, plans d’eau, eaux littorales et eaux souterraines).
Un état globalement stable mais des signaux d’alerte
L’analyse réalisée s’appuie sur les données collectées entre 2021 et 2023, années particulièrement sèches. Elle met en évidence une légère dégradation de l’état écologique global des eaux de surface, associée à des évolutions contrastées selon les milieux.
- 21,4 % des cours d’eau sont en bon ou très bon état écologique (contre 23,7 % en 2017). Cette baisse s’explique notamment par deux années sèches sur la période 2021-2023, affectant les conditions hydrologiques et biologiques.
- Les indicateurs biologiques (invertébrés, poissons) apparaissent globalement stables depuis une quinzaine d’années, témoignant de la résilience de certains milieux mais aussi du poids des facteurs climatiques.
- L’état chimique des cours d’eau progresse : 68 % des masses d’eau sont désormais en bon état chimique (contre 57 % en 2019), en partie grâce à la réduction des substances interdites et à une meilleure connaissance des micropolluants.
- En revanche, les plans d’eau voient leur état chimique fortement se dégrader (45 % en bon état contre 85 % précédemment), en raison de la détection accrue de polluants persistants comme le mercure ou le PFOS, désormais analysés dans le biote (organismes vivants).
Pour les eaux souterraines, la tendance se dégrade également :
- la part des masses d’eau en bon état chimique diminue (57 % contre 64 % en 2019) sous l’effet des nitrates et des pesticides ;
- l’état quantitatif se dégrade (73 % en bon état contre 88 % précédemment), reflet à la fois d’une pression accrue sur la ressource et d’une amélioration de la connaissance des prélèvements et sur les débits des cours d’eau qui drainent ces nappes.
Des améliorations locales notables sont observées là où des actions ciblées ont été menées (restauration de cours d’eau, réduction des pollutions diffuses, meilleure gestion quantitative), mais elles ne suffisent pas encore à infléchir la tendance à l’échelle du bassin.
Ces résultats ne reflètent également pas encore les effets des mesures du Sdage 2022-2027, dont la mise en œuvre a débuté récemment, mais il met en évidence les tendances récentes et les priorités d’action à renforcer. Ils montrent aussi l’impact à long terme des politiques publiques en lien avec l’environnement mises en place dans les années 1990 et qui portent leurs fruits. La baisse régulière des concentrations en nitrates ou en phosphore dans les eaux en est un exemple. L’analyse des données ne devient véritablement pertinentes que sur le temps long (minimum 10 ans).
© Photo : Etienne Bouju
« Cet état des lieux met en lumière les progrès accomplis, les fragilités persistantes et les leviers à activer pour accélérer la reconquête du bon état des eaux. Il nous rappelle que la qualité de l’eau dépend de l’action collective et de la cohérence entre toutes les politiques publiques » souligne Thierry Burlot, Président du comité de bassin Loire-Bretagne.
Des résultats positifs sont visibles, sur des tendances longues ou de façon plus localisée et illustrent la capacité collective à reconquérir le bon état sur certains périmètres avec des politiques adaptées.
À titre d’exemples, sur l’aspect qualitatif du bon état, les tendances d’évolution des concentrations en nitrates du bassin Loire-Bretagne sont majoritairement stables ou à la baisse. Les baisses se concentrent principalement à l’Ouest du bassin et en particulier en Bretagne, région qui a bénéficié d’actions solides de reconquêtes de la qualité des eaux vis-à-vis des nitrates.
De façon plus précise, sur les nitrates, sur un captage d’eau souterraine à Plourhan (22, Côtes-d'Armor), une simulation d’un modèle réalisé par le BRGM a permis de montrer que les mesures agro-environnementales mises en place sur l’aire d’alimentation du captage ont été efficaces. Bien que la nappe soit inertielle, il est observé une baisse régulière de ces concentrations qui sont maintenant en dessous des seuils pour l’alimentation en eau potable. Sans ces mesures mises en place le captage aurait 90 mg/l de nitrates en plus.
Sur l’aspect quantitatif, la création de retenues en substitution de prélèvements existants a permis de relever les niveaux piézométriques de la nappe sud Vendée en période estivale, période la plus sensible pour les besoins de la biologie et des usages humains. Une meilleure alimentation du marais poitevin par cette nappe est maintenant assurée, pas encore pour les cours d’eau concernés.
Enfin, sur le sujet hydromorpholmogie, on peut citer la restauration morphologique de 100 m d’un cours d’eau, la Dême (37) qui a permis une amélioration sensible du peuplement piscicole. Les travaux ont permis de retrouver le fonctionnement attendu du cours d’eau et ont permis une recolonisation piscicole rapide de la station par les espèces caractéristiques de ce type de cours d’eau. Le gain écologique sur les invertébrés et diatomées est également constaté. Le milieu tend maintenant à retrouver un équilibre écologique.
Des pressions persistantes sur la ressource et les milieux
Les pressions sur les masses d’eau restent cependant nombreuses :
- les altérations hydromorphologiques (obstacles à l’écoulement, recalibrage, endiguement), conséquences de politiques d’aménagements anciens ;
- les pollutions diffuses agricoles, principalement dues aux nitrates et aux pesticides, en hausse dans certaines zones ;
- les prélèvements d’eau, qui exercent une pression sur les débits d’étiage, notamment dans les secteurs déficitaires comme la Vendée, la Sologne ou le sud de Rennes. Croisés avec la pluviométrie et son évolution, ces résultats font apparaître des zones du bassin dans lesquelles la ressource est naturellement très limitée et particulièrement fragile devant toute aggravation des pressions.
Si les volumes globaux prélevés sont en légère baisse – principalement du fait de la réduction des besoins pour le refroidissement des centrales électriques – les usages domestiques et agricoles restent soutenus.
De façon plus globale sur l’hydrologie du bassin, il faut noter que l'impact des plans d’eau sur les débits des cours d’eau déclasse plus de masses d’eau que l’impact des prélèvements (impact des plans d’eau 60 %, impact des prélèvements 40 %).
Sur le littoral, l’eutrophisation marine persiste malgré la baisse des nitrates dans les cours d’eau, et certaines zones (rade de Brest, baie de Vilaine) demeurent fortement soumises à des pressions urbaines et industrielles. Les interventions de la politique de l’eau permettent de limiter les pressions et d’améliorer la résilience des écosystèmes, sans à ce stade inverser les tendances. L’estuaire de la Loire par exemple, soumis à de nombreuses pressions (agricoles, urbaines, portuaires, industrielles, etc.), garde un état chimique et des fonctionnalités écologiques dégradés.
Le changement climatique exacerbe les tensions sur les ressources en eau
Plusieurs indicateurs liés au changement climatique indiquent que les pressions sur les ressources en eau et les milieux s’accélèrent. On note sur le bassin Loire-Bretagne une baisse de la recharge des nappes, des étiages plus sévères, une montée du niveau marin, un réchauffement et une acidification des eaux littorales. Ces phénomènes accentuent la vulnérabilité des écosystèmes et appellent à une adaptation rapide des politiques de l’eau.
Des leviers d’action identifiés pour accélérer la reconquête du bon état
Cet état des lieux confirme que les résultats positifs apparaissent là où des actions cohérentes, continues et avec une intensité suffisante ont été engagées, notamment sur les projets de restauration des continuités écologiques ou de réduction des rejets de phosphore, ou encore grâce à l’amélioration de la connaissance des micropolluants.
Pour progresser vers le bon état des eaux à l’horizon 2033, les efforts devront être amplifiés.
Cinq priorités d’action pour le bassin Loire-Bretagne se dégagent de ces résultats :
- renforcer les actions sur les pollutions diffuses (nitrates, pesticides, phosphore) ;
- poursuivre la restauration physique des cours d’eau et la suppression des obstacles à la continuité écologique ;
- adapter les prélèvements pour garantir un partage équilibré de la ressource en période de tension ;
- améliorer la résilience des milieux aquatiques face au changement climatique ;
- intensifier la surveillance et la connaissance des substances émergentes (PFAS, micropolluants).
Un outil d’aide à la décision pour les politiques publiques
L’état des lieux 2025 ne constitue pas une photographie figée, mais un outil d’analyse indispensable pour orienter les politiques publiques de l’eau, de l’agriculture, de l’aménagement du territoire et de la transition écologique. Les enseignements de ce diagnostic alimenteront les travaux du comité de bassin Loire-Bretagne en vue de la préparation du Sdage 2028-2033, qui fixera les nouveaux objectifs environnementaux et les priorités d’action. Il est important de noter que l’état des lieux met à nouveau en exergue le fait que l’évolution de l’état des eaux reflète l’ensemble des politiques mises en œuvre (politique d’aménagement du territoire, politique agricole, politique industrielle …) bien au-delà de la politique de l’eau.
Ce diagnostic constitue la base scientifique et technique pour élaborer le prochain Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage 2028-2033) et son programme de mesures, qui orienteront la politique de l’eau dans les années à venir.
Chiffres clés :
2 203 masses d’eau couvrent le bassin Loire-Bretagne :
- 1 886 cours d’eau, 90 % d’entre eux doivent bénéficier d’actions de reconquête ou de maintien de leur qualité. L’hydromorphologie et les pollutions diffuses par les nitrates et les pesticides sont les principales pressions à l’origine de ces dégradations.
- 104 plans d’eau, 82 % d’entre eux doivent bénéficier d’actions de reconquête ou de maintien de leur qualité. Le phosphore, les nitrates et les micropolluants sont les principales pressions à l’origine de ces dégradations.
- 144 masses d’eau souterraines, 55 % d’entre eux doivent bénéficier d’actions de reconquête ou de maintien de leur qualité. Les pollutions diffuses par les nitrates et les pesticides ainsi que les prélèvements excessifs sont les principales pressions à l’origine de ces dégradations.
- 69 masses d’eau littorales, 58 % d’entre eux doivent bénéficier d’actions de reconquête ou de maintien de leur qualité. Les nitrates et les micropolluants sont les principales pressions à l’origine de ces dégradations.
