Quels sont les principaux constats issus de l’état des lieux ?
L’analyse réalisée s’appuie sur les données collectées entre 2018 et 2023. Elle met en évidence une légère dégradation de l’état écologique global des eaux de surface, avec des évolutions contrastées selon les milieux (cours d’eau, nappes, mer).
Un état globalement stable mais des signaux d’alerte
- 21,4 % des cours d’eau sont en bon ou très bon état écologique (contre 23,7 % en 2017). Cette baisse s’explique en partie par deux années sèches sur la période 2021-2023, affectant les conditions hydrologiques et biologiques.
- Les indicateurs biologiques (invertébrés, poissons) apparaissent globalement stables depuis une quinzaine d’années, témoignant de la résilience de certains milieux malgré le dérèglement climatique.
- L’état chimique des cours d’eau progresse : 68 % des masses d’eau sont désormais en bon état chimique (contre 57 % en 2019), en partie grâce à l’interdiction de certaines substances et à une meilleure connaissance des micropolluants.
- En revanche, les plans d’eau voient leur état chimique se dégrader fortement (45 % en bon état contre 85 % précédemment), en raison de la détection accrue de polluants persistants comme le mercure ou le PFOS*, désormais analysés dans le biote (organismes vivants).
*Les PFOS (perfluorooctanesulfonates) sont des composés chimiques persistants de la famille des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS).
© Agence de l'eau Loire-Bretagne
Les eaux souterraines
Pour les eaux souterraines, l’état se dégrade également :
- la part des masses d’eau en bon état chimique diminue (57 % contre 64 % en 2019) sous l’effet des nitrates et des pesticides ;
- l’état quantitatif se dégrade (73 % en bon état contre 88 % précédemment), reflet à la fois d’une pression accrue sur la ressource, d’une amélioration de la connaissance des prélèvements et d’une amélioration sur les débits des cours d’eau qui drainent ces eaux souterraines.
Des améliorations locales notables sont observées là où des actions ciblées ont été menées (restauration de cours d’eau, réduction des pollutions diffuses, meilleure gestion quantitative), mais elles ne suffisent pas encore à infléchir la tendance à l’échelle du bassin.
Ces résultats ne reflètent également pas encore les effets des mesures du Sdage 2022-2027, dont la mise en œuvre a débuté récemment, mais il met en évidence les tendances récentes et les priorités d’action à renforcer. Ils montrent aussi l’impact à long terme des politiques publiques en lien avec l’environnement mises en place dans les années 1990 et qui portent leurs fruits.
La baisse régulière des concentrations en nitrates ou en phosphore dans les eaux en est un exemple. L’analyse des données ne devient véritablement pertinente que sur le temps long (minimum 10 ans).
Des résultats positifs sont visibles, sur des tendances longues ou de façon plus localisée et illustrent la capacité collective à reconquérir le bon état sur certains périmètres avec des politiques adaptées.
Qualité de l’eau : exemple en Bretagne
Tendance d'évolution des concentrations en nitrates sur les bassins versants du bassin Loire-Bretagne
© Agence de l'eau Loire-Bretagne
À titre d’exemples, sur l’aspect qualitatif, les tendances d’évolution des concentrations en nitrates du bassin Loire-Bretagne sont majoritairement stables ou à la baisse.
Les baisses se concentrent principalement à l’Ouest du bassin et en particulier en Bretagne, région qui a bénéficié d’actions solides de reconquêtes de la qualité des eaux vis-à-vis des nitrates.
De façon plus précise, sur les nitrates, sur un captage d’eau souterraine à Plourhan (22, Côtes-d'Armor), une simulation d’un modèle réalisé par le BRGM a permis de montrer que les mesures agro-environnementales (MAE) mises en place sur l’aire d’alimentation du captage ont été efficaces.
Exemple de simulation d'évolution des concentrations en nitrates avec ou sans la mise en place d'actions sur un captage
© Agence de l'eau Loire-Bretagne
Bien que la nappe soit inertielle, il est observé une baisse régulière de ces concentrations qui sont maintenant en dessous des seuils pour l’alimentation en eau potable.
Sans ces mesures mises en place, le captage aurait 90 mg/l de nitrates en plus, par rapport à la qualité actuelle.
Quantité en eau : exemple en Vendée
Mise en place de retenues de substitution en Vendée entre 2015 et 2017, remontée des niveaux de la nappe
© Agence de l'eau Loire-Bretagne
Sur l’aspect quantitatif, la création de retenues en substitution de prélèvements existants a permis de relever les niveaux piézométriques de la nappe sud Vendée en période estivale, période la plus sensible pour les besoins de la biologie et des usages humains. Une meilleure alimentation du marais poitevin par cette nappe est maintenant assurée.
Une meilleure alimentation du marais poitevin par cette nappe est maintenant assurée.
Hydromorphologie : exemple en Indre-et-Loire
© Agence de l'eau Loire-Bretagne
Sur le sujet hydromorphologie, on peut citer la restauration morphologique de 100 mètres d’un cours d’eau, la Dême (37), qui a permis une amélioration sensible du peuplement piscicole.
Les travaux ont permis de retrouver le fonctionnement attendu du cours d’eau et une recolonisation piscicole rapide de la station par les espèces caractéristiques de ce type de cours d’eau.
Le gain écologique sur les invertébrés et diatomées est également constaté. Le milieu tend maintenant à retrouver un équilibre écologique.
Des pressions persistantes sur la ressource et les milieux
Les pressions sur les masses d’eau restent cependant nombreuses :
- les altérations hydromorphologiques (obstacles à l’écoulement, recalibrage, endiguement), conséquences de politiques d’aménagements anciens ;
- les pollutions diffuses agricoles, principalement dues aux nitrates et aux pesticides, en hausse dans certaines zones ;
- les prélèvements d’eau y compris l’interception des écoulements par les plans d’eau, qui exercent une pression sur les débits d’étiage, notamment dans les secteurs déficitaires largement concentrés sur la partie centrale du bassin Loire-Bretagne. Croisés avec la pluviométrie et son évolution, ces résultats font apparaître des zones du bassin dans lesquelles la ressource est naturellement très limitée et particulièrement fragile devant toute aggravation des pressions.
Si les volumes globaux prélevés sont en légère baisse – principalement du fait de la réduction des besoins pour le refroidissement des centrales électriques – les usages domestiques et agricoles restent soutenus.
Sur le littoral, l’eutrophisation marine persiste malgré la baisse des nitrates dans les cours d’eau, et certaines zones (rade de Brest, baie de Vilaine) demeurent fortement soumises à des pressions urbaines et industrielles. Les interventions de la politique de l’eau permettent de limiter les pressions et d’améliorer la résilience des écosystèmes, sans à ce stade inverser les tendances. L’estuaire de la Loire par exemple, soumis à de nombreuses pressions (agricoles, urbaines, portuaires, industrielles, etc.), garde un état chimique et des fonctionnalités écologiques dégradés.
Alain Sappey
© Agence de l'eau Loire-Bretagne
« La dégradation de la qualité de l’eau constitue un phénomène complexe et multifactoriel. Les différentes pressions qui s’exercent sur les milieux aquatiques ne s’additionnent pas seulement : elles interagissent et se combinent, leurs effets pouvant ainsi s’amplifier mutuellement. À ces dynamiques déjà préoccupantes s’ajoute désormais l’impact du changement climatique, qui vient encore accentuer l’ensemble de ces pressions et en aggraver les conséquences. »
