Entre villes et campagnes : construire la solidarité autour de l’eau
Les territoires ne disposent pas tous des mêmes moyens face aux enjeux de l’eau. L’agence de l’eau Loire-Bretagne encourage la solidarité urbain/rural. Entre espaces urbains et ruraux, les écarts peuvent être significatifs, qu’il s’agisse de capacités d’investissement, d’accès aux infrastructures ou de ressources techniques et humaines.
Les territoires urbains bénéficient souvent de réseaux structurés, de services mutualisés et de moyens financiers plus importants. À l’inverse, les territoires ruraux peuvent faire face à des contraintes spécifiques : dispersion de l’habitat, coûts d’entretien élevés par habitant, ou encore accès limité à l’ingénierie. Ces disparités peuvent contraindre ou mettre en difficulté la gestion durable de l’eau, tant pour l’alimentation en eau potable que pour l’assainissement.
La solidarité urbain-rural vise à rééquilibrer ces situations en favorisant les coopérations et les mécanismes de soutien. Elle se traduit notamment par des dispositifs financiers ou encore des formes de mutualisation des services entre collectivités. Ces leviers permettent d’accompagner les territoires les plus fragiles et de garantir un niveau de service équitable.
Au-delà des aspects financiers, cette solidarité repose également sur le partage de compétences techniques et d’expertise. Les partenariats entre collectivités, le développement de structures intercommunales ou encore l’appui technique apporté par des organismes spécialisés contribuent à renforcer les capacités locales.
La complémentarité des territoires urbains et ruraux reste à souligner. Les espaces ruraux jouent un rôle essentiel dans la préservation des ressources et des milieux, tandis que les territoires urbains concentrent les usages et les besoins.
Une gestion équilibrée de l’eau suppose ainsi de renforcer les liens entre ces espaces, dans une logique de coopération et d’intérêt commun.
L’agence de l’eau renforce la capacité d’investissement des territoires défavorisés
Les territoires ruraux sont confrontés à des difficultés spécifiques pour la gestion de l’eau. Les coûts d’infrastructure par habitant en matière d’assainissement et d’eau potable sont plus élevés du fait de l’étalement de l’habitat, et inversement, leurs ressources financières sont généralement plus faibles. Au 12e programme d’intervention, le soutien de l’agence de l’eau aux territoires ruraux à potentiel fiscal faible est conforté, afin de poursuivre la mise à niveau de leurs équipements :
- pour la production de l’eau potable et la sécurisation de sa distribution, et
- pour l’amélioration de l’assainissement collectif.
Par ailleurs, pour permettre aux territoires ruraux de faire face aux urgences climatiques d’aujourd’hui et de demain, la solidarité est élargie aux actions d’économie d’eau et de réduction des prélèvements ou encore au déploiement renforcé des solutions fondées sur la nature. Le soutien renforcé aux investissements des acteurs économiques dans les territoires considérés en difficulté économique est également mis en œuvre.
Dans les territoires fragiles ayant rencontré des difficultés en matière d’approvisionnement en eau potable lors d’épisode de sécheresse, le soutien financier de l’agence de l’eau peut également porter sur le financement de programmes d’actions personnalisés de sécurisation et réduction des prélèvements en eau.
Solidarité urbain-rural : des aides renforcées pour accompagner Chabris
Consciente des limites de son système d’assainissement, jugé non conforme depuis plusieurs années, la commune de Chabris (Indre) a engagé un programme de travaux d’envergure pour améliorer la qualité de ses rejets dans le Cher. Ce projet a été classé prioritaire par l’agence de l’eau en raison de déversements trop fréquents d’eaux usées non traitées vers le milieu naturel.
Situé en zone France Ruralités Revitalisation et portant sur un système d’assainissement prioritaire, le projet bénéficie ainsi d’un taux d’aide de 60 % pour un montant d’aides de 1,56 millions d’euros. Les travaux prévoient la réalisation d’un bassin de stockage-restitution enterré afin d’augmenter le volume de stockage des eaux, ainsi que la mise en place d’une filière de traitement complémentaire sur le site de la station existante pour traiter les sur-débits en temps de pluie.
Le montant total de l’opération s’élève à 2,60 M€, dont 1,56 M€ d’aides accordées par l’agence de l’eau Loire Bretagne.
L’installation d’un décanteur lamellaire permet désormais de respecter la concentration moyenne annuelle maximale en phosphore fixée à 2 mg/l. En parallèle, la commune a engagé depuis 2023 des travaux de mise en séparatif du réseau afin de limiter les apports d’eaux parasites dans le système d’assainissement. Ces travaux concernent une surface déconnectée de plus de 12 000 m² et bénéficient également d’un accompagnement financier de l’agence de l’eau à hauteur de 272 642 €.
Pour mettre en œuvre la solidarité urbain-rural, l’agence utilise le zonage France ruralités revitalisation (FRR). 72,2 millions d’euros d’aides attribuées en 2025 en zone de revitalisation rurale (65,8 M€ pour le zonage France ruralité revitalisation + 6,4 M€ pour le zonage aides à finalité régionale)
L’accord de résilience : un levier pour sécuriser l’alimentation en eau potable
L’accord de résilience est un atout pour accompagner les territoires face aux difficultés d’approvisionnement en eau. Il s'agit d'un dispositif sur-mesure, proposé aux collectivités ayant rencontré des difficultés pour alimenter leur population en eau potable, notamment après des épisodes de sécheresse (comme en 2022).
L'accord de résilience vise à sécuriser l’alimentation en eau potable, à réduire les prélèvements et à renforcer la résilience des territoires face au manque d’eau. Il s’inscrit dans le cadre du plan pour une gestion résiliente et concertée.
Tours Métropole Val de Loire préserve la nappe du Cénomanien
La nappe du Cénomanien, dans sa partie captive naturellement protégée, délivre une eau d’excellente qualité. Dès 1996, le Sdage l’identifie comme stratégique pour l’alimentation en eau potable. Son exploitation excessive dans certains secteurs entraine d’importantes baisses de niveau. Dans le secteur prioritaire de Tours-Amboise, une baisse des prélèvements de 10 millions de m3 est ciblée.
Depuis 15 ans, la métropole de Tours réalise des travaux pour soulager cette nappe en sollicitant la Loire et le Cher : interconnexions, réhabilitation de forages, mise à niveau d’usines AEP. Une quinzaine de dossiers sont financés pour plus de 2 millions d’euros d’aide sur cette période.
Les efforts paient : la baisse des prélèvements atteint plus de 30 % sur ce secteur (-2,6 millions de m3) et le piézomètre situé à Tours confirme une remontée de la nappe de plus de 2 mètres. L’engagement de la métropole se poursuit avec des travaux en cours ou programmés pour un gain supplémentaire de 1,2 millions de m3. Elle mène des travaux sur son réseau AEP et met en place des compteurs de sectorisation. Une cinquantaine de compteurs ont été financés ces dernières années.
L'accord de territoire pour préserver la ressource en eau
Les tensions autour de l’accès à la ressource en eau concernent tous les usages et sont apparues sur de nombreux territoires. Dans la continuité du plan de résilience de bassin 2023-2024, des accords de territoires ont été élaborés avec des collectivités pour sécuriser l’alimentation en eau potable, notamment sur les territoires qui ont connu des ruptures d’alimentation en 2022.
L’accord de territoire, nouvel outil du 12e programme, définit un programme d’actions pluriannuelles favorables à la préservation de la ressource en eau, en mettant l’accent sur la sobriété des usages.
Le département de la Creuse et la communauté d’agglomération de la Rochelle se sont, à titre d’exemple, inscrits dans cette démarche qui va permettre, sur une durée de trois ans, d’établir un diagnostic et une stratégie en intégrant l’adaptation au dérèglement climatique. L’agence poursuit l’accompagnement des démarches de concertation et de diagnostic, essentielles pour le partage de l’eau entre les différents usages, au travers du financement des analyses HMUC dans le cadre des Sage et des PTGE.
La commune de Siaugue-Sainte Marie (42) sécurise son approvisionnement en eau potable
Face à la sécheresse de 2022 et à la baisse de production des ressources existantes, la commune de Siauges-Sainte-Marie engage un projet de sécurisation de ses unités de distribution (UDI) par la mobilisation d’une nouvelle ressource en eau. Les travaux comprennent la création d’une bâche de pompage et de stockage, la reprise de l’étanchéité du réservoir des Farges et la réalisation d’un réseau de sécurisation de 6,3 km permettant l’interconnexion des UDI en tension. Le coût prévisionnel s’élève à 913 343 €, financé à 70 % par l’agence de l’eau Loire-Bretagne.
Inscrit dans l’accord de territoire des Rives du Haut-Allier, le projet sécurise également l’alimentation de Saint-Bérain et est dimensionné pour répondre aux besoins des 50 prochaines années, estimés à 160 m³ par jour.
Renforcer la résilience en Creuse
Pour renforcer la stratégie de résilience en Creuse, un accord de territoire (ADT) 2025-2027 est signé, le 18 juillet 2025 à Guéret, entre l’agence de l’eau, le Syndicat des eaux creusoises (SEC 23), le conseil départemental de la Creuse, la préfecture de la Creuse et la Banque des Territoires.
© Agence de l'eau Loire-Bretagne
L’accord couvre un territoire de 132 communes, pour 4 000 km2 et 65 200 habitants, soit 56 % de la population creusoise.
Il s’appuie sur une gouvernance renforcée et une implication croissante des acteurs locaux et des services de l’État.
Le montant de travaux du programme d’actions est estimé à 56 millions d’euros sur trois ans, financés par l’agence de l’eau à hauteur de 30,8 millions.
Le soutien de l’agence permettra notamment de remplacer des conduites fuyardes, d’installer des systèmes de télérelève, de lancer des interconnexions stratégiques et de protéger les zones humides et les captages dégradés. Objectif : atteindre 70 % de la population départementale couverte par le SEC 23 d’ici fin 2027.
