Territoires de l’amont et de l’aval : une responsabilité commune

La solidarité amont-aval repose sur une réalité simple : l’eau circule, et les responsabilités sont partagées. Les territoires situés en amont jouent un rôle déterminant pour ceux situés en aval, tant sur la qualité que sur la quantité. L’agence de l’eau encourage une gestion intégrée de l’eau de l’amont à l’aval.

Les pratiques agricoles, industrielles ou urbaines en amont d’un bassin versant impactent directement l’état des ressources en aval, qu’il s’agisse de pollution diffuse, de prélèvements excessifs ou de modification des régimes hydrologiques.

Cette interdépendance appelle une responsabilité partagée à l’échelle du bassin versant. Préserver la qualité de l’eau en amont permet de limiter les coûts de traitement en aval, tout en garantissant la préservation des milieux naturels et des usages durables pour l’ensemble des acteurs : alimentation en eau potable, activités économiques, sécurité civile. À l’inverse, une dégradation en amont peut engendrer des impacts significatifs en aval, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental et économique.

Au-delà des limites administratives, la solidarité amont-aval invite à penser la gestion de l’eau à l’échelle du bassin versant. Elle s’appuie ainsi sur des cadres de gouvernance adaptés comme les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE), qui favorisent le dialogue entre territoires et usagers. Ces dispositifs permettent de concilier les besoins, d’anticiper les tensions et de construire des solutions partagées.

Des rivières en bonne santé, des territoires résilients

Par exemple, la remise en bon état fonctionnel des rivières en amont (reméandrage, restauration de la continuité écologique, végétalisation des berges) et la préservation ou la réhabilitation des zones humides permettent notamment de ralentir les écoulements, de stocker temporairement l’eau et de limiter les pics de crue. Ces mêmes actions réduisent l’érosion et le transfert de polluants vers l’aval, améliorant ainsi la qualité de la ressource tout au long du linéaire. En aval, les bénéfices sont multiples : diminution du risque d’inondation, soutien des débits d’étiage, amélioration de la qualité de l’eau pour l’alimentation en eau potable, l’agriculture, les activités récréatives ou les usages conchylicoles.

La solidarité amont–aval, c’est donc comprendre que restaurer un cours d’eau ou une zone humide en amont, c’est investir pour la sécurité, la résilience et la qualité de vie de tous les territoires du bassin.

  • À Cloyes-les-Trois-Rivières, le syndicat mixte d’aménagement et de restauration des bassins du Loir et de l’Eure amont en Eure-et-Loir (SMAR 28) a restauré la continuité écologique et la dynamique naturelle du Loir aval ainsi qu’une vaste roselière à la Guimande, une île entre les 2 bras du Loir.
photo du Loir au niveau de Cloyes-les-Trois-rivières

© Une image à part - Agence de l'eau Loire-Bretagne

Résultats :

- La libre circulation des poissons est rétablie sur 10 km, soit 22 % du linéaire du Loir aval.

- Des espèces accompagnatrices de la truite Fario, absentes auparavant, réapparaissent.

- L’indice poissons rivières (IPR) est passé d’une qualité médiocre à une qualité « bonne », soit un gain en termes de classes de qualité.

- Les zones humides adjacentes retrouvent leur rôle d’éponge naturelle, favorisant la biodiversité : busard des roseaux, chevalier guignette, 12 espèces patrimoniales de flore.

Céline Morin, Directrice du SMAR 28 :

photo portrait de Céline Morin, Smar 28

© Une image à part / Agence de l’eau Loire-Bretagne

« Sur le Loir aval, on a un moulin tous les kilomètres. Les ouvrages créent des obstacles à la continuité écologique, favorisent en fait une rétention d'eau artificielle propice au réchauffement des eaux avec une dégradation de leur qualité. Cette opération d'ampleur permet de montrer qu'il est possible de supprimer les ouvrages tout en conservant les milieux annexes patrimoniaux. La concertation a toujours été au cœur de la négociation de ce projet. Les habitats sont plus propices aux espèces naturelles de poissons. Les îles se sont bien végétalisées, avec des saules, des iris.»

Isabelle Meresse, chargée d’intervention à la délégation Centre-Loire de l’agence de l’eau :

photo portrait Isabelle Meresse, chargée d'interventions à la délégation Centre Loire

© Agence de l'eau Loire-Bretagne

« On est vraiment dans les enjeux majeurs de l'agence de l’eau : restauration de la continuité, restauration hydromorphologique, et préservation des milieux humides, de la biodiversité. Le bilan de cette action est très positif. On part d’une eau de qualité médiocre, pour arriver à une eau désormais de qualité bonne. Dans le même périmètre, une vaste roselière située au cœur d’une zone Natura 2000 a été restaurée. On considère que 30 % du débit des rivières va disparaître suite au changement climatique, le maintien de la roselière est donc très important. »

Le barrage de Naussac, un atout pour la gestion solidaire de l’eau entre amont et aval

Le barrage de Naussac, situé en Lozère sur un affluent de l’Allier, joue un rôle central dans la gestion solidaire de l’eau entre l’amont et l’aval du bassin Loire-Bretagne. Sa vocation principale est de lâcher de l’eau en période d’étiage (généralement de juin à novembre, parfois jusqu’en décembre) afin de maintenir un débit minimum dans l’Allier et la Loire. Cela permet de satisfaire les différents usages en aval : irrigation, alimentation en eau potable, refroidissement des centrales nucléaires, ainsi que les besoins des milieux naturels. Ce mécanisme illustre la solidarité amont-aval, puisque le territoire de tête de bassin, lui-même soumis à des tensions hydriques croissantes, agit pour sécuriser les usages en aval sans multiplier les infrastructures, en optimisant les ouvrages existants et en réduisant les consommations.

L’agence de l’eau Loire-Bretagne, en collaboration avec l’Établissement public Loire et le Comité de Gestion des Réservoirs de Naussac et de Villerest et des Étiages Sévères (CGRNVES), encadre cette gestion concertée. Elle favorise ainsi la solidarité entre les acteurs du bassin et entre l’amont et l’aval, en fixant des consignes de lâchers quotidiens pour maintenir les débits objectifs, même en période de sécheresse accentuée.

Les territoires littoraux : aboutissement naturel des dynamiques amont-aval

photo général du littoral, plage

© E.Bouju

Ce qui se joue en amont du bassin versant — qualité de l’eau, flux de nutriments, régulation des débits — a des conséquences directes sur les espaces côtiers. Préserver le littoral, c’est donc agir bien en amont, dans une logique de responsabilité partagée.

Le littoral concentre des enjeux majeurs : préservation de la biodiversité, sécurité sanitaire, activités économiques et attractivité touristique. Ces territoires, souvent densément peuplés et soumis à de fortes pressions, dépendent étroitement de la qualité des eaux qui les alimentent.

Laurent Thaunat, chargé d’études littoral, à la mission littoral et milieu marin de l’agence de l’eau Loire-Bretagne

photo portrait Laurent Thaunat

Laurent Thaunat

© Une image à part - Agence de l'eau Loire-Bretagne

« Le littoral illustre bien à quel point les pollutions produites en amont finissent par se retrouver en aval, jusqu'à la mer. Les proliférations d'algues vertes, par exemple, résultent souvent d'apports excessifs en azote et phosphore liés aux activités agricoles, industrielles ou urbaines situées loin dans les terres : limiter ces pollutions diffuses et améliorer les pratiques agricoles en amont permet donc directement de réduire ce phénomène sur les côtes.

Les zones littorales pâtissent aussi des déversements accidentels ou chroniques – hydrocarbures, produits chimiques, eaux pluviales polluées – ainsi que des rejets d'eaux usées non ou mal traitées. Là encore, agir à la source, en particulier en améliorant le traitement des eaux usées avant leur rejet, permet de préserver les écosystèmes côtiers et les usages qui dépendent de leur qualité : tourisme, conchyliculture, baignade. Enfin, les déchets plastiques constituent un défi majeur pour le milieu marin. S'ils proviennent en partie des activités en mer (pêche, plaisance, transport maritime), l'essentiel vient en réalité de la terre : environ 80 % des déchets marins ont pour origine les bassins versants. Leur présence affecte lourdement la biodiversité marine, mais aussi les activités humaines qui dépendent d'un littoral préservé, comme la pêche ou le tourisme. »

Le littoral Loire-Bretagne est un secteur où l’équilibre entre ressources et besoins en eau potable est parfois difficile à assurer en période estivale et en particulier sur les îles. Les situations critiques pourraient se multiplier et s’aggraver dans les années à venir avec l’accroissement des populations permanentes, la pression touristique et les effets du dérèglement climatique. Tout en rappelant l’importance des actions de sobriété et d’économie d’eau, une des priorités des collectivités littorales est de sécuriser la distribution en eau potable. Elles s’assurent d’avoir à disposition une eau brute en quantité et en qualité suffisante pour produire selon les besoins de sa population, afin d’éviter une situation de rupture d’approvisionnement.

L’amélioration de la qualité des espaces côtiers passe en partie par une réduction des pressions sur les bassins versants, parfois très en amont, tant en termes de qualité que de quantité d’eau douce apportée à la mer. C’est l’illustration même du lien terre-mer dont la prise en compte s'inscrit dans les stratégies d'étude (profil de vulnérabilité…), dans les documents de planification (Sage…) ou dans les documents de programmation comme l'accord de territoire.

Comment Carnac a investi pour préserver ses eaux littorales ?

Vidéo - Comment Carnac a investi pour préserver ses eaux littorales ?

© Les agences de l'eau

À chaque épisode de pluie, un territoire doit pouvoir absorber et traiter un surplus d'eau, sans compromettre la qualité de son littoral. C'est le défi qu'a relevé Carnac, en dotant sa station d'épuration de Kergouellec d'une filière « temps de pluie » dédiée.
Direction Carnac, où Philippe Le Gal, conchyliculteur et président du comité national de la conchyliculture, nous raconte comment ce dispositif a permis de préserver l'activité ostréicole et la qualité des eaux du territoire.

Comment éviter que les bouteilles aillent à la mer ?

Vidéo - Comment éviter que les bouteilles aillent à la mer ?

© Les agences de l'eau

Lorsqu’on laisse une bouteille sur le trottoir, on se dit qu’elle finira dans l’égout, et ensuite, à la station d’épuration. Or, les bouches d’égout sont reliées au réseau d’eau pluviale, lequel aboutit au fleuve, et à la fin, à la mer. Pour expliquer ce trajet aux habitants, et en même temps éviter la pollution, l’agglomération de Nevers (58) a décidé de retenir ces déchets. Dominique Dérangère, responsable eau et assainissement, a trouvé la solution : des filets ! Disposés depuis juin 2022 sur les 5 plus gros tuyaux qui évacuent l’eau de pluie dans la Loire, ces filets pêchent chaque mois 200 kilos de déchets, dont 10 kg de canettes, 5 kg de plastiques… et beaucoup de lingettes. À côté de chaque filtre, des panneaux pédagogiques expliquent la démarche.
Pour ne pas oublier qu’ici, commence la mer.

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