Programmer son assainissement et l'améliorer en continu
Garantir la performance des systèmes d’assainissement repose sur une planification rigoureuse et un suivi constant de leur fonctionnement. Programmer et contrôler son dispositif, c’est assurer un traitement efficace des eaux usées, payer moins de redevances et préserver durablement la qualité des milieux aquatiques.
Programmer et améliorer en continu un système d’assainissement constitue un levier essentiel pour garantir l’efficacité du traitement des eaux usées et la préservation durable des milieux aquatiques. L’élaboration d’un schéma directeur d’assainissement guide les collectivités dans la mise en œuvre d’un programme d’actions cohérent, tenant compte à la fois des particularités locales, des contraintes techniques et des objectifs réglementaires.
Mener une étude de l’état et du contexte
© Agence de l'eau Loire-Bretagne
Selon la quantité et la nature des pollutions à traiter, ainsi que les objectifs de qualité fixés en fonction de la sensibilité du milieu récepteur, différents dispositifs de traitement peuvent être associés.
Leur choix s’appuie sur une analyse des contraintes techniques et une évaluation des coûts, tant à l’investissement qu’à l’exploitation.
Choisir la filière pour le traitement des eaux usées
D’une manière générale, il est possible de classer ces dispositifs en deux grandes familles de filières : les filières intensives et les filières extensives.
Le choix de la filière doit intégrer la gestion des « déchets solides » ou « boues » d’épuration issues du traitement. Après déshydratation et stabilisation, ces boues peuvent, selon leur composition, être épandues sur des parcelles agricoles dans le cadre d’un plan d’épandage, valorisées par méthanisation ou dirigées vers l’incinération.
Les filières intensives
Elles permettent de traiter d’importants volumes de pollution sur un espace restreint tout en garantissant des performances épuratoires élevées.
Cependant, ces filières demeurent fortement consommatrices d’énergie et de réactifs chimiques, tels que le chlorure ferrique. Dans un contexte de hausse durable du coût de l’énergie et des produits de traitement, ces exigences techniques se traduiront inévitablement par une augmentation des coûts de fonctionnement du petit cycle de l’eau.
Les filières extensives
Lorsque la sensibilité du milieu récepteur, la nature ou la quantité des pollutions à traiter le permettent, et à condition de disposer d’une surface au sol suffisante, les filières extensives constituent une solution à privilégier (lagunage, massifs filtrants plantés, filtres à sable). Elles présentent l’avantage d’un entretien plus simple et d’une meilleure robustesse face aux variations de charges polluantes et de débits à traiter.
Limiter le surdimensionnement des filières de traitement
Un surdimensionnement entraine des surcoûts de fonctionnement des installations et un risque de dysfonctionnement des équipements. Il est donc essentiel de dimensionner la filière de traitement au plus près des besoins réels, tout en prévoyant une marge de manœuvre pour une éventuelle augmentation du nombre d'habitants.
Un des moyens d’éviter le surdimensionnement responsable de surconsommations énergétiques des stations de traitement urbaines consiste à empêcher les eaux pluviales d’arriver à la station d’épuration. Pour cela, les collectivités peuvent mettre en place des réseaux séparatifs ou, mieux, font en sorte d‘infiltrer l’eau là où elle tombe avec des co-bénéfices en termes de biodiversité et de rafraichissement urbain. Cette dernière solution est encouragée par l’agence de l’eau via des dispositifs d’aide dédiées.
Élaborer le schéma directeur et le programme d’actions qui en découle
Le schéma directeur d’assainissement est un outil stratégique indispensable pour les collectivités, permettant d’anticiper les besoins futurs et d’optimiser les investissements dans le traitement des eaux usées.
Élaborer le schéma directeur
Le document dresse un diagnostic complet du système existant : état des réseaux, capacités des stations d’épuration, prévisions démographiques et économiques du territoire.
Il identifie les priorités d’action – comme la rénovation des ouvrages vétustes ou l’extension pour absorber une croissance urbaine – et propose un calendrier réaliste, adapté aux contraintes budgétaires et réglementaires.
Le programme d’actions associé
Directement issu du schéma, ce programme pluriannuel détaille les travaux à engager : extensions de réseaux, modernisation des équipements ou mise en conformité environnementale. Il intègre des indicateurs de performance pour suivre l’avancement et ajuster les priorités, garantissant ainsi une gestion efficace et une amélioration continue de la qualité de l’eau restituer au milieu naturel.
Repérer les micropolluants pour mieux traiter : le rôle clé du RSDE dans les systèmes d’assainissement
Afin de caractériser les micropolluants présents dans les réseaux d’assainissement, des campagnes de recherche des substances dangereuses rejetées dans l’eau (RSDE) doivent être réalisées par les collectivités possédant une ou plusieurs stations de traitement des eaux de capacité épuratoire supérieure ou égale 10 000 EH (équivalent-habitant).
Ces campagnes analytiques RSDE concernent la filière Eau en entrée et en sortie de station de traitement et peuvent également porter sur la filière Boues, comme demandé sur le bassin Loire-Bretagne.
Le RSDE intervient transversalement, principalement en phase de diagnostic amont et de surveillance renforcée, pour identifier les micropolluants entrants avant épuration.
Mettre en place de l’autosurveillance
La mise en place de l’autosurveillance des ouvrages d’assainissement assure un suivi régulier de leur performance. Elle permet de vérifier la conformité des rejets avant leur restitution au milieu naturel, d’anticiper les dysfonctionnements éventuels et d’ajuster les pratiques pour maintenir un haut niveau d’efficacité du service d’assainissement.
L’autosurveillance vise à vérifier et maintenir l’efficacité globale du système (stations d’épuration et réseaux), en contrôlant les rejets et performances via des mesures réglementaires. Elle garantit le respect des normes environnementales (arrêté du 21 juillet 2015), prévient les pollutions accidentelles et optimise les performances des installations.
Obligatoire pour les unités supérieures à 2 000 EH, elle s’appuie sur le diagnostic permanent pour des données fiables et alimente les schémas directeurs en retours d’expérience concrets.
Les étapes :
- Définir le programme : Identifier les paramètres à mesurer (pH, DBO, azote, phosphore) selon la taille de la station et les risques locaux.
- Installer les outils : Capteurs en continu (débits, turbidité), échantillonneurs automatiques et analyses en laboratoire accrédité.
- Analyser et agir : Calculer des indicateurs de performance, déclarer les anomalies aux autorités, et ajuster les traitements (aération, décantation) pour corriger rapidement.
Le diagnostic permanent, outil de l’autosurveillance
Pour les stations traitant plus de 2 000 ou 10 000 habitants équivalent, il examine le fonctionnement quotidien (entrées d’eau, encrassement, fuites), l’état des équipements et réseaux, les effets sur les rivières ou milieux naturels, et les performances globales. Il commence par un bilan initial, cible trois priorités (fonctionnement, structure, impacts), et définit des actions annuelles.
Il s’intègre dès la phase d’exploitation quotidienne, après le schéma directeur (qui planifie les gros travaux) et en lien avec l’autosurveillance (contrôles des rejets). Le diagnostic permanent réinterroge le système d'assainissement et guide les investissements à long terme pour un traitement efficace des eaux usées, de la collecte à la restitution propre dans la nature.
Pensons autrement : une gestion efficace paie directement !
Un système d’assainissement performant = des rejets moins pollués dans les cours d’eau et des redevances réduites.
